Le marketing peut convertir le rêve de Fidel en caricature

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Photo: Abel Rojas Barallobre

Por: René Camilo García Rivera
Categorías: LITTÉRATURE

Abel Prieto est peut-être un des ministres les plus accessibles du Gouvernement cubain. Il apparaît dans chaque coin du monde culturel. Il marche avec la sécurité de celui qui domine son espace. Une fois, je l’ai vu dans le quartier Pogolotti, où je vis, lors d’un spectacle humoristique avec la communauté.

 

Actuellement, durant la Foire du Livre, on peut le voir dans La Cabaña. Il parcourt les rues pavées avec son impeccable costume sombre. Il va de salon à salon, d’événement à événement, avec la fluidité d’une bonne prose.

 

Abel Prieto n’impose pas de barrières. Quand on l’approche, il sourit et tend à la main (la délicatesse politique) et en parlant, il démontre sa pensée (la fonction intellectuelle). Quand on l’aborde, il demande votre prénom et ensuite, lors de la conversation, il vous appelle par celui-ci (une précieuse ressource empathique).

 

Mr le Ministre, que pensez-vous de la Foire de cette année ?

 

Malheureusement je n’ai pas pu la parcourir complètement. Je n’ai pas visité tous les stands, mais j’ai été présent dans différentes présentations. Je pense que c’est encore un succès. Selon ce que j’ai vu dans les rapports de l’Institut Cubain du Livre, les gens sont très heureux avec le sauvetage de la Librairie Centrale, ce qui permet au lecteur de voir les nouveautés dans un seul endroit.

 

Voyez-vous une différence par rapport à l’année précédente ?

 

J’ai remarqué une ambiance plus culturelle, ayant plus l’intégration des arts. Lors de la dernière Foire il y avait des affiches de Messi, de sportifs, des bandes dessinées. Ceci n’était pas de nos maisons d’édition. Cette année il me semble que cela est moindre.

 

Depuis un certain temps nous voyons beaucoup de produits de marketing, de mauvaise littérature, ne pensez-vous pas que la Foire du Livre se tourne vers le commercial ?

 

Oui, c’est vrai, cette distorsion est arrivée, cette année il y a eu une tentative du comité d’organisation pour rectifier ce fait. Que s’est-il passé avec ce thème ? Il me semble que le recul ayant eu lieu dans le pays quant à la lecture a fusionné avec un esprit pragmatique. Des offres commerciales non associés à lecture ont été crées, comme l’artisanat, les souvenirs

 

Quand on regarde au cours des années, quand on la compare avec les foires originales, le phénomène est plus perceptible. Des concessions ont été faites pour les exposants étrangers, qui ont apporté Walt Disney et la médiocrité culturelle. Cette distorsion existe et il faut l’arrêter.

 

Le Foire est un espace pour les livres, pour la lecture, pour les arts. C’est un fait culturel. La commercialisation excessive peut convertir ce rêve fondateur de Fidel en caricature. Nous ne pouvons pas le permettre.

 

En dépit des actions, la lecture dans le pays ne jouit pas de la même santé égale qu’en d’autres temps... êtes-vous d’accord ?

 

Oui, je pense qu’elle est en recul. Nous devons élaborer une stratégie pour récupérer le terrain. Nous étudions des moyens pour pousser les jeunes vers le livre. Je pense que les versions numériques, cette année, ont été un renfort. Nous distribuons un térabyte de données avec les disques durs externes, gratuitement.

 

Mais il n’y a pas que des mauvaises nouvelles. Regardez les dix livres les plus vendu en 2016. Il n’y a pas une œuvre médiocre ou superficielle. Il y a des livres historiques, tels que Raúl Castro, un hombre en Revolución ; il y a aussi des romans de l’un des auteurs plus importants que nous avons à Cuba aujourd'hui, Daniel Chavarría, avec La piedra del rapé ; des auteurs étrangers tels que George Orwell, avec 1984, parmi d’autres titres remarquables.

 

Même si les difficultés persistent, la Foire reste un succès public. Comment expliquez-vous cela ?

 

Je crois que Fidel, en premier lieu, et toute l’œuvre culturelle et sociale de la Révolution, a semé quelque chose dans le peuple cubain, qu’il a laissé un substrat qui reste et qu’il faut sauvegarder. Le fait que la famille cubaine, aussi humble qu’elle soit, dispose d’un espace pour les livres à la maison, une petite bibliothèque, est unique dans le monde ; et ceci se vit toujours, car le livre a un grand poids à Cuba.

 

Il est vrai que beaucoup de gens ne lisent pas aujourd'hui, qu’ils préfèrent les audiovisuels ; les enfants choisissent des jeux vidéo avant d’entreprendre un défi intellectuel plus sérieuxCependant, il y a une graine qui porte ses fruits.

 

Que fait l’Etat cubain pour maintenir cette graine ?

 

Le livre s’est converti en une marchandise dans le monde entier. Il est traité, évalué et promu comme une marchandise. Nous ne pensons pas ainsi. Nous continuons à subventionner le livre dans ce pays. Il est vrai que les prix ont un peu augmenté ces derniers temps, mais aucun ne couvre le coût de production. Il est subventionné suite à une décision du Gouvernement Révolutionnaire, qui estime que la lecture et la connaissance sont des droits.

 

Il faut travailler cette œuvre intentionnellement pour ne pas la perdre. Elle est toujours là, malgré les difficultés. Et cela a à voir avec le travail de la famille, de l’école, des institutions culturelles de base, des bibliothécaires.

 

Nous devons travailler pour que ces célèbres paroles de Fidel ne soient pas dans le vide « nous ne disons pas au peuple de croire, nous lui disons de lire », tout que celles de José Martí « lire c’est croître » ne se dissolvent pas et ne perdent pas leur sens.

 


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